Chapitre 1
5 min de lectureLycée Belmont, 16h15, Salle 203.
Le soir démarra avec le dernier cours de la journée ; la deuxième heure de maths.
L'ambiance de la classe était austère, la lumière blafarde, les élèves assommés par le flot incessant des explications du professeur. La plupart étaient déjà en train de penser aux vacances qui approchait à grands pas et autres loisirs qui nous attendait à la fin de cette interminable journée.
Je ne fis pas exception, en écoutant négligemment le professeur d'une oreille, je laissais vagabonder mon esprit tout en regardant la cour par la fenêtre.
Mon regard survolait un charmant espace gigoté de tous côtés par différents bâtiments adjacents. Bien que clairsemé, on apercevait apercevoir çà et là de la verdure avec au centre un immense peuplier sans feuilles qui veillait sur la cour. Le crépuscule naissant donnait à cette scène une atmosphère mystérieuse et mélancolique.
Soudain, une ombre attira mon regard vers le portail, avant que je puisse la détailler, de légers coups nets se firent entendre sur les carreaux à côté de moi, ce qui me fit sortir de mes pensées. Un grand corbeau avec les plumes brillantes d'un noir irisé et aux grands yeux se manifesta en cognant aux vitres avec son puissant bec, visiblement agité. C'était Sparte, mon animal de compagnie.
L'oiseau, qui d'habitude planait sur la cour et se réfugiait avec ses congénères sur le grand arbre, était venu pour manifester sa présence, comme de coutume en fin de journée, avec impatience tout en parcourant du regard la salle de classe avec curiosité.
Je fis tout mon possible pour faire partir mon bruyant compagnon. L'heure n'était pas encore venue de rentrer et je ne voulais pas attirer l'attention,
En vain, car je pouvais sentir derrière moi un hoquet d'étonnement et d'admiration de mon camarade de table, très curieux de ce moment qui égayait son existence.
Mais ce devait arriver, arriva, un grondement se fit entendre :
— Ernest, Camille ! Tonna le professeur visiblement irrité.
Son intervention nous fîmes nous détourner de la vitre ainsi que de l'oiseau qui, privé d'attention, retourna voir ses congénères.
En le voyant partir, je jetais un coup d'œil vers le portail, l'ombre que j'avais vu avait disparu.
En rentrant chez moi, suivi de près par mon compagnon volant, je fus accueilli par mon père qui préparait une Croziflette.
— Alors, Ernest ? Comment ça s'est passé ? Me dit-il en jonglant avec les ingrédients
— Tranquillement, vivement les vacances. Elle est où maman ?
— Ta mère est partie faire quelques courses, elle ne devrait plus tarder à revenir. D'ici quelques minutes, on va manger.
En attendant, je pris les escaliers afin d'aller dans ma chambre. En y entrant, la pièce est un véritable capharnaum. Affaires scolaires sur le bureau, étagères pleines à craquer de livres et autres jeux vidéos sur le sol, toute ma vie était racontée dans cette pièce. J'esquissais un sourire, j'étais dans l'endroit le plus avantageux de la maison, sous les combles, on avait une vue stratégique sur l'extérieur et sur la voûte céleste grâce à plusieurs grands Velux.
Je m'asseyais paresseusement sur le lit, grossièrement fait par mes soins, attendant Sparte.
Justement l'animal était visible au-dehors, sautant joyeusement d'arbres en arbres, et, arrivant sur le toit, toqua à la fenètre. Je me levais et lui ouvrit, il manifesta alors son contentement en tournoyant dans la chambre quelques instants.
Pour le calmer, je montrais mon bras, préalablement entourée de cuir à la manière des éleveurs d'aigles pour qu'il puisse s'y poser, ce qu'il fit en croassant joyeusement. Ce ne fut cependant sans quelques difficultés de compréhension qui en résultat quelques coupeurs sur les avant-bras.
— Pff... ça recommence ! soupirant, voyant mes bras endoloris. Sparte se laissa caresser la tête malgré son excitation et mon regard se promena sur mon bureau, vers un ensemble de lettres à l'extrême gauche du meuble coincé entre le mur et mon ordinateur.
Un sentiment de nostalgie monte en moi : Ce sont celles envoyées par mon grand-père qui utilisait des corbeaux comme pigeons voyageurs. Sparte était l'un d'eux, d'ailleurs.
Sparte, enfin calmé après plusieurs minutes, la porte de la chambre s'ouvrit soudainement : C'était ma mère, et avec elle, une odeur que je reconnaîtrais entre mille. Elle avait fait un détour par l'église comme à peu près tous les jours.
Son sourire franc qu'elle avait en entrant dans la pièce s'estompa dès qu'elle vu Sparte.
— Ernest, combien de fois dois-je te dire de libérer cet oiseau ?
— Bien trop souvent, soupirais-je en mettant délicatement le corbeau dans sa cage et je te rappelle que pour le "libérer" encore faut-il qu'il y soit contraint.
Symbole de mort et de malheur, ma mère avait toujours renié l'animal et, suite au décès de grand-père, tenait en responsable le corbeau de ce malheur. C'est pourquoi, depuis que je l'ai récupéré, les altercations avec ma mère sont fréquentes.
— Je ne changerais pas de position sur ce sujet, repris-je, c'est le seul lien qu'il me reste avec grand-père.
Ma mère ne répondit pas, son regard perdu et son visage stoïque. Cependant, la colère commençait à monter. Elle éclata.
— Arrête de t'accrocher à ce passé, cela ne t'apportera rien de bon Ernest ! L'avenir t'appartient, mais pour ça tu dois faire disparaître ce maudit oiseau.
Un long silence empli la pièce et la maison, on n'entendait plus de bruit dans la cuisine. J'étais choqué par ces mots. Elle reprit d'un ton plus calme et sec :
— Descends, il est l'heure de manger.