Chapitre 2

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Le souper fut bien silencieux, chacun regardant son assiette évitant d'envenimer la situation tendue. Cependant cela n'empêchât pas la énième prière de mère pour le repas.

Perdu dans mes pensées, seule la nourriture généreuse et accueillante des diots et du gratin de crozets me procura du plaisir. C'était la spécialité de mon père qui avait hérité de sa mère. Grâce à cela, au fil du repas, l'atmosphère s'est détendu et les langues ont commencé à se délier.

Malgré tout, je souhaitais rapidement rejoindre la chambre dès que le repas fut fini et fermant la porte derrière moi, je m'effondre sur le lit avec un soupir, le poids incessant de mes pensées me plombant. Seul le frottement des ailes de Sparte tournant dans la chambre rythmait la pièce.

— Pourquoi je fais tout ça ? Est-ce qu'il y a encore un sens à s'accrocher encore et toujours au passé ?

En levant les yeux vers mon étagère, je pris la première lettre à portée. À la vue du jaunissement de l'enveloppe, il s'agit de la première lettre que mes grands-parents m'avaient envoyé. On pouvait sentir une odeur douce-amère de nostalgie.

En regardant le devant de l'enveloppe, je pouvais reconnaître l'écriture calligraphique de ma grand-mère qui adorait les boucles et déliées réservant cet usage aux correspondances. Le timbre lui aussi est très particulier : un ancien timbre qui m'avait toujours fait rire, il s'agit d'un timbre représentant la Fable de La Fontaine "Le Corbeau et le Renard" où le premier lâche le fromage au second. "Un timbre collector", me dis-je en esquissant un léger sourire. En ouvrant l'enveloppe et en extrayant la courte lettre cachée à l'intérieur, cela disait :

Bonjour Ernest,

C'est ton premier jour de collège, une nouvelle aventure t'attends. N'oublie pas de toujours bien travailler et de bien te nourrir. Tu y arriveras.

En attendant ta visite, Nous t'aimons,

Papy et Mamy

Je serrais cette lettre contre moi, faisant remonter quelques souvenirs :

Quelques années en arrière, alors que je venais d'arriver au collège communal, je passais le plus clair de mon temps avec mes grands-parents surtout mon grand-père. Marqué par l'âge, il était cependant très coquet, exhibant fièrement sa barbe grisonnante bien fournie et sa moustache très soignée, il portait toujours des tenues exubérantes. Sa fidèle canne le suivait partout. Il me faisait toujours penser à ces hommes du début du siècle dernier, très moderne qui ne manquait pas de peps et de style.

Mon grand-père avait acquis une grande expérience auprès des animaux au fil de ces différents travaux dans des cirques ou des zoos. Il avait même été approché un temps par l'armée pour former des chiens et autres animaux espions. Lors de la guerre, mon grand-père fut messager : il envoyait des lettres par corbeaux, espèce qui pullulait dans la région. Cette habitude ne l'a plus jamais quitté depuis.

Même si les progrès technologiques ont avancé à grands pas jusqu'à aujourd'hui, il continue d'utiliser cette communication par corbeau interposé, au grand dam du postier et de ma famille, seule ma grand-mère le soutenait.

La lettre que je tenais ne fit pas exception et quand je l'ai reçu à l'époque, un déclic se fit en moi : je voulais faire la même chose, ce qui m'a rapproché grandement de mon aïeul et d'entamer une solide correspondance.

Malheureusement, il décéda quelque temps après. Inconsolable, je continuais malgré tout à lui envoyer des lettres dans l'espoir d'avoir encore une réponse de sa part, en vain. Plus tard, je finis par récupérer son corbeau que j'adorais lors de nos correspondances : Sparte.

Subittement l'obscurité m'envahit, le flot de souvenir se tarit dans mes pensées. Un froid humide se fait de plus en plus sentir, l'air devient pesant. Puis, de grands yeux d'un bleu glaçant me fixa intensément et avec menace, prêt à bondir sur moi.

Je me réveillai subitement en sursaut de mon lit, avec de fortes sueurs froides. La pièce était dans la pénombre et on pouvait voir à travers la fenêtre les lumières des lampadaires qui filtraient.

— J'ai dû m'assoupir quelques heures, pensais-je en essayant de me calmer.

Sparte semblait lui aussi en train de dormir, laissant échapper de ses rêves quelques légers coassements pour tout bruit. Afin de sortir de ma torpeur, je me levais et me dirigea vers mon bureau. En l'allumant d'une douce lumière chaude, je pouvais voir que Sparte ouvrait difficilement un œil, sans doute surpris par cette source lumineuse, mais n'avait pas la force pour faire autre chose.

En m'asseyant sur la chaise du bureau, je m'aperçus d'un détail : Une des lettres était mal rangée dans l'étagère.

— Qu'est-ce que ? C'est étrange...

En examinant cette lettre, de par son état et sa date, que c'était la dernière que grand-père m'avait envoyé. Il semblerait qu'elle n'avait jamais été ouverte. Cependant, je ne me souvenais pas avoir laissé une lettre sur le côté.

Intrigué, je commençais à ouvrir l'enveloppe quand subitement Sparte se mit à s'agiter de plus en plus dans sa cage. Le volatile, somnolant il y avait quelques minutes, s'agitait maintenant comme un petit diable.

— Sparte ! C'est pas le moment ! maugréais-je en le fustigeant du regard, les parent doivent sûrement dormir !

Tout en chuchotant pour tenter de le calmer, je me rapprochais de la cage, enveloppe sur le lit.

Je pris l'animal, tant bien que mal, sur mon avant-bras et, à mon grand soulagement, se calma net. Je soupire de soulagement. Il prit même ses aises en montant délicatement le bras, pour ne pas me faire mal, vers mon épaule gauche, se plantant là pour faire la vigie.

La situation sous contrôle, je repris la lettre laissée en suspend. Mais, la pause n'aura été que de courte durée, à force de vouloir explorer de plus en plus le contenu de cette lettre. Sparte recommençait à s'agiter, battant des ailes de façon ératique. Toutes mes tentatives pour le calmer sont soldées par un échec.

Et dans un ultime effort pour le détendre, il s'envola en prenant au passage la lettre pour ensuite la déchiqueter avec ces serres acérées.

Choqué par cette scène, je n'avais pas les mots. Voir ainsi Sparte, un oiseau plutôt tranquille faire une débauche de violence pour une simple lettre. Pourquoi tant de haine pour un simple bout de papier ? Ce n'était pas son habitude.

Au bout d'un moment d'un moment sa fureur se calma, se retourna et se dirigea désolé dans sa cage en battant mollement des ailes.

Le carnage était bien réel : sur la table l'enveloppe était partie en confettis, des bouts de papiers s'était dispersée partout sur le bureau. La lettre, elle, a eu plus de chance, étant plus rigide, elle n'a subi que de quelques grosses lacérations sans pour autant de grandes déchirures.

En voyant cette scène, je sentis en moi en profonde tristesse qui laissait place à une colère noire quand je m'aperçus d'un curieux objet qui jonchait parmi le cadavre de l'enveloppe et donc il m'était inconnu : une petite pochette Kraft.

La curiosité me piqua, et avec toute la délicatesse du monde, j'ouvris la pochette. Sparte s'excita de nouveau, sortit de la cage restée ouverte et avant que je puisse me rendre compte de ce qui se passe, le temps ralentit subitement.

Sparte
        Vole
                Vole
                        Vole
                                toucha
                                l     k
                                e     r
                                pa    a
                                pi    f
                                er    t

Et ce fut le trou noir...

Pièces jointes

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